Les ruines de GeoCities
Qui se souvient des débuts de l’internet et de GeoCities, un des premiers hébergeurs de contenu du web? Fondé par David Bohnett et John Rezner en 1994 il devient l’aïeul de sites comme Myspace et Facebook en permettant aux utilisateurs de créer leur propre page web et d’afficher grâce à des outils simples tout ce qui aujourd’hui forme le web participatif, 2.0, c’est-à-dire les goûts personnels, les photos, l’échange avec les autres utilisateurs. Personnel et ouvert à la fois, le site se basait sur une structure simple de “neighborhoods” qui regroupaient des communautés. Ainsi, d’après Wikipédia, aux espaces virtuels des premiers temps qu’étaient “Colosseum,” “Hollywood,” “RodeoDrive,” “SunsetStrip,” “WallStreet,” et “WestHollywood” s’ajoutèrent les nouveaux “CapitolHill,” “Paris,” “SiliconValley,” et “Tokyo”. Racheté en janvier 1999 par Yahoo!, le géant du web de l’époque, le système des quartiers et des villes disparait et le site se dépeuple petit à petit en réaction aux changements induits par la nouvelle direction. De moins en moins rentable, le site est fermé unilatéralement par Yahoo! en 2009, entraînant pour les « citoyens » la perte des websites et leurs données.
Cet évènement, qui a révolté nombre d’utilisateurs et d’aficionados du web vintage, a permis la formation des premiers groupes de sauvegarde du “digital heritage” (l’héritage numérique). Ainsi un groupe en ligne a créé The Archiveteam dont le but est de “sauver sites et données en danger de disparition”. Le projet a récemment trouvé un écho intéressant grâce au travail du designer Néerlandais Richard Vijgen intitulé The Deleted City. Reprenant le concept des villes et quartiers des débuts de GeoCities, il utilise les quelques centaines de Gigaoctets de données sauvées de sa disparition par The Archiveteam. Cela permet de naviguer sur un écran tactile dans une cité virtuelle dont les blocs sont visuellement représentés et composés de données anciennes de pages personnelles.
Il est intéressant de constater que l’Internet semble en 2012 déjà assez antique ou vénérable pour qu’apparaissent à la fois un sentiment partagé de nostalgie, mais aussi des pratiques de sauvegarde d’une nouvelle forme de patrimoine. L’analogie avec l’archéologie est d’autant plus intéressante que le médium est jeune et le met en rapport avec la grand histoire. Avec des lettres de noblesse acquises très rapidement pour former une mythologie en seulement un peu plus de 10 ans, l’Internet développe clairement une culture propre, un langage vernaculaire. Ces initiatives de protection risquent de se multiplier avec les différentes offensives (SOPA, Hadopi, Facebook) de normaliser et contrôler le web.




Commentaires Récents