Emicida se prépare à enflammer le public de Coachella
Avant même d’avoir sorti son premier album, Emicida est devenu une sensation internet grâce à ses vidéos de battles postées sur Youtube. Après seulement deux ans dans le game, ses impros et ses prestations scéniques impressionnantes (voir ci-dessus son live à la soirée Créateurs de São Paulo l’an dernier) lui valent les faveurs des médias brésiliens et des concerts à guichets fermés. Dans le cadre de notre partenariat avec Coachella, nous programmons une série de concerts d’artistes internationaux, et Emicida est une des têtes d’affiches du lineup cette année. On est allé le voir pour lui parler de ses attentes pour cette édition de Coachella, de ses projets, et de la controverse autour de son dernier clip.
Le projet créateurs : Qu’est-ce que vous avez ressenti quand vous avez été invité à Coachella ?
Emicida : J’avais déjà entendu parler de Coachella et je me disais (l’air inquiet) « Mhh, c’est assez gros quand même ». Mais je n’avais pas l’impression d’avoir « gagné » quelque chose. C’est une étape importante, mais ça reste un concert, donc c’est plus une responsabilité qu’une récompense qui flatterait mon égo. Je ne me dis pas « c’est bon, maintenant je suis pote avec Kanye West » (rires). Je vais jouer devant pas mal de monde dans un festival monstre. Le but c’est de faire entendre ma voix parmi tous les gros noms à l’affiche.
Vous n’avez pas peur d’être un peu dans l’ombre de ces stars ?
Un peu, parce qu’au delà de la barrière de la langue, je crois que ce que je fais est très affectif. Je place beaucoup d’espoir dans cette opportunité et ça peut être un obstacle. Je vais essayer de dépasser cette barrière de la langue.
Vous allez chanter en anglais aussi ?
Sûrement. C’est quand même une opportunité en or ici (rires). Si je ne le fais pas ici, je ne sais pas quand je pourrai le faire
Qu’est-ce que vous avez envie de voir pendant le festival ?
J’ai regardé le lineup mais je ne me souviens plus de tous les noms (rires). Kanye West, Cee Lo, Erykah Badu, Lauryn Hill, A-Trak …
Au-delà de Coachella, on a lu quelque part que vous aviez plusieurs clips en préparation pour 2011. C’est vrai ?
J’aimerais bien, parce que je m’intéresse pas mal à la vidéo. J’ai une idée de film même. Je n’ai pas de scénario encore, mais j’ai passé ma vie à lire des comics, et c’est vraiment cette idée qui m’obsède en ce moment. J’ai gribouillé quelques trucs sur un bout de papier mais rien de très concret pour le moment. J’ai rencontré des producteurs qui font des vrais films et ils m’ont dit quelque chose comme « on a pas assez de projets comme ça » donc j’y pense beaucoup. Il y a des documentaires sur le rap au Brésil, mais aucun film. Et honnêtement, ces docus sont chiants, c’est intéressant pour nous parce qu’on nous voit jouer, mais ils ne sont pas tant regardés que ça.
Mais avant ça, il y aura quelques clips non ?
On s’est fixé un objectif de 10 clips, mais ca va nous coûter pas mal d’argent. On a commencé avec « Rua augusta » et on en a un autre en préparation. On ne se doutait pas à quel point le tournage de « Rua augusta » serait aussi émouvant. On a suivi quelque call girls pendant quatre jours. On allait chez elles et on dormait là bas. On a a pris tout ce que le morceau décrit, et on l’a filmé en changeant le point de vue. On suit le quotidien de ces filles, on les voit se réveiller, se brosser les dents, s’occuper de leurs enfants, et se faire brutaliser par le voisinage.
Dans le clip, quand Rosana (la fille qu’on voit le plus à l’image) sort dans la rue, les voisins ferment leurs volets, et dès qu’elle met un pied sur le trottoir tout le monde rentre chez soi. Ce qui est étrange c’est que cette scène a été filmée à Vila Mimosa, un des hauts lieux de la prostitution à Rio. Tout le monde est plus moins impliqué dans ce business, et pourtant tout le monde a cette attitude. Je connaissais déjà un peu ce quartier avant le tournage, mais quand j’y suis allé avec elle c’était vraiment différent. Elle m’a dit qu’elle avait commencé à faire ce boulot à 17 ans, quand sa mère l’a emmenée dans un bordel pour gagner un peu d’argent. Sa mère l’a ensuite envoyée en Espagne avec sa sœur pour qu’elles deviennent des esclaves sexuels. Là bas on lui disait qu’on la tuerait si elle tentait de s’échapper. On a choisi de tourner à Vila Mimosa pour montrer que ce problème ne concerne pas que São Paulo. Au-delà du titre, les paroles ne parlent que de Rua Augusta. La prostitution est un problème national.




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